Sas AMEN c/ Mr K  

Cour d'Appel de Bordeaux

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(N°JTL EDF091CA - Internet) :
Amen CaCOUR D’APPEL DE BORDEAUX
PREMIERE CHAMBRE CIVILE - SECTION B

ARRÊT DU 10 MAI 2012

(Rédacteur: Monsieur Pierre Louis Crabol, conseiller,)

N° de rôle : 11/01429

LA S.A.S. AGENCE DES MEDIAS NUMERIQUES (S.A.S. AMEN)

c/

Monsieur K.
(Aide juridictionnelle totale numéro 2011/6985 du 09/06/2011)

COPIE délivrée à titre de simple renseignement. Ne peut être utilisée comme pièce de procédure (circulaire n° 55-19 du 16 mai 1953)

Nature de la décision : AU FOND

Grosse délivrée le

aux avocats

Décision déférée à la cour: ordonnance de référé rendue le 13 Mars 2008 par le Juge des Référés du tribunal de grande instance de Toulouse, suivant déclaration de saisine en date du 4 Mars 2011, suite à un arrêt de la Première Chambre Civile de la Cour de Cassation du 17 Février 2011 cassant l’arrêt de la Cour d’Appel de TOULOUSE (3eme Chambre Civile Section 1 - RG 08/1374) en date du 19 Mai 2009,


DEMANDERESSE:

LA S.A.S. AGENCE DES MEDIAS NUMERIQUES (S.A.S. AMEN), prise en la personne de son représentant légal domicilié en cette qualité au siège social, sis 12-14, Rond-Point des Champs Elysées 75008 PARIS,

    Représentée par Maître Patricia COMBEAUD, Avocat au barreau de BORDEAUX, et assistée de Maître Sabine CHAUVEAU substituant Maître Cyril FABRE, Avocats au barreau de PARIS,

DEFENDEUR:

    Monsieur K., né le [anonymisé par Juritel] à [anonymisé par Juritel], demeurant [anonymisé par Juritel],

    Représenté par la S.C.P. Solange CASTEJA-CLERMONTEL et Hélène JAUBERT, Avocats Associés au barreau de BORDEAUX, et assisté de Maître Emilie PECASTAING, Avocat au barreau de BORDEAUX,

COMPOSITION DE LA COUR:

    L’affaire a été débattue le 21 février 2012 en audience publique, devant la cour composée de:

Monsieur Louis-Marie CHEMINADE, Président,
Monsieur Pierre-Louis CRABOL, Conseiller,
Monsieur Patrick BOINOT, Conseiller,

qui en ont délibéré.

Greffier lors des débats: Madame Marceline LOISON

ARRÊT:

-    contradictoire

-prononcé publiquement par mise à disposition de l’arrêt au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues à l’article 450 alinéa 2 du code de procédure civile.

    Selon les énonciations de l’arrêt de la cour d’appel de Toulouse en date du 19 mai 2009, à la suite des événements survenus à Toulouse le 21 septembre 2001 (explosion de l’usine AZF), K. a été mis sur écoute en sa qualité de correspondant de presse, à l’occasion de l’enquête judiciaire ; le contenu de ses conversations téléphoniques a été diffusé par le site internet www.arme-collection.com édité par P.G. et hébergé par la S.A.S. Agence des Médias Numériques (S.A.S. AMEN).

    A la demande de K. présentée par courrier de son avocat distribué le 8 février 2008, la S.A.S. AMEN a suspendu le site internet le 12 février 2008.

    Saisi, suivant assignation du 11 février 2008, par K. contre P.G. et la S.A.S. AMEN d’une action en suppression du contenu du site internet et en paiement d’une provision à valoir sur la réparation de son préjudice moral, le juge des référés du tribunal de grande instance de Toulouse par ordonnance en date du 13 mars 2008 a déclaré sans objet la demande de suppression et a condamné solidairement les défendeurs à une indemnité provisionnelle de 6.000,00 euros.

    Sur l’appel de la S.A.S. AMEN contre K. et P.G., la cour de Toulouse, par arrêt de référé du 19 mai 2009, s’est déclarée incompétente pour statuer au fond sur les demandes de garanties, de partage de responsabilité et d’allocation de dommages et intérêts, a renvoyé la S.A.S. AMEN à mieux se pourvoir devant le juge du fond et a confirmé l’ordonnance de référé, à l’exception du montant de l’indemnité provisionnelle qu’elle a élevée à 10.000,00 euros aux lieu et place de 6.000,00 euros ; les défendeurs ont été condamnés à une indemnité complémentaire de procédure et aux entiers dépens.

    La Cour de Cassation, par arrêt de la première chambre civile en date du 17 février 2011, rendu entre la S.A.S. AMEN et K., a cassé et annulé l’arrêt de la cour de Toulouse mais seulement en ce qu’il a prononcé condamnation à l’encontre de la S.A.S. AMEN “sans rechercher si, comme il le lui était demandé, la notification délivrée en application de la loi susvisée (article 6-1-5 de la loi numéro 2004-575 du 21juin 2004) comportait l’ensemble des mentions prescrites par ce texte”.

    Dans ses dernières écritures déposées le 17février 2012 au soutien de son appel, la S.A.S. AMEN prête principalement au demandeur K. une action fondée sur la loi du 29 juillet 1881 pour en inférer une série de nullités, et subsidiairement développe son absence de responsabilité comme hébergeur de sites, en raison du défaut de respect du formalisme requis ; elle développe les carences de la notification du 7 février 2007 qui l’empêchait d’identifier le contenu notifié et rendait irrecevable la notification ; elle fait observer qu’elle a néanmoins réussi à suspendre l’accès au site le 12février 2008 à 19 heures 12 minutes, après la réception de l’assignation en référé du il février 2008, suite à des recherches ; elle conteste enfin le préjudice allégué (45.000,00 euros) non justifié par une prétendue atteinte à la vie privée ; elle réclame une indemnité de procédure (10.000,00 euros).

    L’intimé K. a conclu le 7 février 2012 en rappelant que son action est fondée sur les articles 9 et 1382 du code civil, et en soutenant la responsabilité de la S.A.S. AMEN en qualité d’hébergeur, en observant que le non respect de la forme de la notification est sans incidence puisque aucune sanction n’a été prévue et que les précisions exigées n’ont pour finalité que de permettre à l’hébergeur d’avoir une connaissance effective du contenu illicite dénoncé; il stigmatise l’absence de réactivité de la S.A.S. AMEN ; il maintient sa demande de réparation à 45.000,00 euros ; il conclut donc à la confirmation de l’ordonnance, sauf à élever les dommages et intérêts à 45.000,00 euros, et réclame une indemnité de procédure (3.000,00 euros).


    Le Ministère Public a visé le dossier le 22 décembre 2011.

    A l’audience, avant le déroulement des débats, à la demande des avocats des parties, l’ordonnance de clôture en date du 7 février 2012 a été révoquée et une nouvelle clôture a été prononcée par mention au dossier.

SUR CE:

Sur la nullité de la procédure

  Attendu que tant l’ordonnance de référé que les écritures de K. visent la réparation du préjudice causé par la diffusion d’écoutes téléphoniques par voie électronique sur le fondement des articles 9 et 1382 du code civil;

  Attendu que les irrégularités de procédure tirées de la loi de 1881 sur la presse sont donc inopérantes, l’exception de nullité de l’acte introductif d’instance doit être rejetée;

Sur le bien fondé de l’action en paiement d’une provision:

   Attendu que l’article 6-1-5 de la loi numéro 2004-575 du 21juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique, au visa duquel l’arrêt de la cour de Toulouse a été partiellement cassé, dispose, dans sa rédaction antérieure au 9 juillet 2010 applicable en la cause, que

    “La connaissance des faits litigieux est présumée acquise par les personnes désignées au 2 lorsqu’il est notifié les éléments suivants

    - la date de la notification,

    - Si le notifiant est une personne physique : ses nom, prénoms, profession, domicile, nationalité, date et lieu de naissance ; Si le requérant est une personne morale : sa forme, sa dénomination, son siège social et l’organe qui la représente légalement,

    - les nom et domicile du destinataire, ou, s’il s’agit d’une personne morale, sa dénomination et son siège social,

    - la description des faits litigieux et leur localisation précise,

    - les motifs pour lesquels le contenu doit être retiré, comprenant la mention des dispositions légales et des justifications de faits,

    - la copie de la correspondance adressée à l’auteur ou à l’éditeur des informations ou activités litigieuses demandant leur interruption, leur retrait ou leur modification, ou la justification de ce que l’auteur ou l’éditeur n’a pu être contacté.”

   Qu’en l’espèce, la notification de K. en date du 7 février 2008, par le courrier de son avocat, comporte comme mention d’identification du mandant personne physique ‘7e suis le conseil de Monsieur K.”,

    Attendu qu’abstraction de l’inversion du nom et du prénom du mandant, K., ce dernier n’est identifié ni par sa profession, ni par son domicile, ni par sa nationalité, ni par ses date et lieu de naissance;

    Attendu que la présomption de connaissance des faits litigieux définie à l’article 6 de la loi précitée, ne peut donc s’appliquer à la S.A.S. AMEN, son obligation de faire cesser la diffusion est susceptible d’une contestation sérieuse qui exclut l’allocation
d’une provision ouverte par l’article 809 alinéa 2 du code de procédure civile;

    Que l’ordonnance sera donc réformée de ce chef et des condamnations subséquentes également objet du renvoi de la Cour de Cassation

    Attendu par ailleurs que le présent arrêt infirmatif du chef de la provision allouée par l’ordonnance de référé et élevée par l’arrêt de référé, constitue le titre ouvrant droit à la restitution des sommes versées en exécution de ces décisions, lesquelles sommes
porteront intérêt au taux légal à compter de la signification valant mise en demeure du présent arrêt ouvrant droit à restitution;

    Attendu que la partie succombante doit supporter les dépens

PAR CES MOTIFS.

LA COUR.

  Vu l’arrêt de la Cour de Cassation (première chambre civile) en date du 17 février 2011,

    Statuant dans les limites de la cassation

    Rejette l’exception de nullité de l’acte introductif d’instance,

   Dit que la connaissance des faits litigieux n’est pas présumée acquise par la S.A.S.    AMEN,

    En conséquence,

    Déboute K. en sa demande d’allocation d’une indemnité provisionnelle,

    Déboute K. en sa demande en paiement d’une indemnité de procédure devant le juge des référés de Toulouse et devant la cour d’appel de Toulouse,

   Condamne K. aux dépens de l’ordonnance de référé et de l’arrêt de la cour de Toulouse,

    Dit n’y avoir lieu à indemnité de procédure devant la cour de Bordeaux,

    Condamne K. aux entiers dépens qui pourront être recouvrés conformément aux dispositions de l’article 699 du code de procédure civile.

    Signé par Monsieur Pierre-Louis Crabol, conseiller, en l’empêchement légitime de Monsieur Louis-Marie Cheminade, président, et par Madame Marceline Loison, greffier, à laquelle la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire.
    LE GREFFIER    LE MAGISTRAT







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