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Interview Louis POUZIN - 25 Mai 2010
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Monsieur Pouzin, vous êtes réputé être l'un des fondateurs du réseau
internet. Que pense le technicien avisé que vous êtes du droit sur
internet et plus particulèrement du droit d'auteur sur internet ?
LP: Les gangs criminels qui habitent l'internet sont
organisés au niveau mondial et sont très difficiles à identifier. Même
quand ils le sont il est difficile de prouver leur culpabilité devant
un tribunal. Même s'ils sont déclarés coupables il est impossible de
les arrêter s'ils résident dans des pays peu coopératifs en matière
judiciaire. Dans une large mesure l'internet est un espace de non-droit.
Le
cadre juridique du droit d'auteur est encore viable pour les œuvres
matérielles dont la reproduction est (pour le moment) trop coûteuse ou
impossible, comme peintures ou sculptures. Il en va différemment des
produits dérivés (cartes postales, maquettes, jeux, publicité),
ainsi que de toute œuvre numérisable, et reproductible à un coût
négligeable (texte, musique, film).
En fait, le droit d'auteur
en soi n'est pas en cause, car il est normal de rémunérer les auteurs.
Mais les modalités de définition, collecte et redistribution des droits
sont obsolètes, inadaptées aux techniques actuelles. La numérisation
des œuvres réduit à presque néant les coûts de production et diffusion.
Il faut donc redéfinir les droits d'auteur dans un cadre indépendant
d'une industrie qui n'a pas su s'adapter.
Pensez-vous que le travail d'identification des acteurs techniques
de l'internet doive être conduit par les pouvoirs publics et les
professionnels ? (NB: doit-on classer les intervenants sur le réseau
suivant leur métier) ?
LP: Je ne comprend pas ce que signifie l'identification des
acteurs techniques de l'internet. Au mieux, je distingue transport,
diffusion et production d'informations. Des partitions plus détaillées
seraient trop éphémères pour être utiles.
Croyez que le système des DNS survivra à la lame de fond de l'internet mobile ?
LP: L'accès à l'internet au
moyen de terminaux mobiles ne supprime pas le passage par un annuaire
(DNS) pour se connecter à un site web. Toutefois, il offre aux
opërateurs mobiles une occasion de créer leurs propres annuaires. Mais
il n'est pas certain qu'ils soient assez perspicaces pour en tirer
parti.
Si la question vise la charge induite sur les annuaires
par des milliards de terminaux, on peut constater qu'il y a
actuellement 4 (ou 5) milliards d'abonnés mobiles contre 1,5 milliards
d'utilisateurs fixes de l'internet. La conception des annuaires
pour mobiles est plus performante et robuste que celle du DNS de
l'internet, et ne devrait pas souffrir de l'accroissement de trafic.
Le droit étant un sous produit de la politique, pensez-vous qu'il
faille unifier les législations dans le monde ou au contraire s'appuyer
sur les opérateurs techniques pour appliquer territorialement les
différentes réglementations régionales ?
LP: Pour unifier les législations dans le monde il faudrait
plus de temps que leur durée de validité. Il n'y a pas d'alternative à
la prise en compte de législations régionales. L'Europe a déjà entériné
cette approche sous le nom de subsidiarité. Mais s'appuyer sur les
opérateurs techniques pour appliquer les réglementations régionales
serait une dérive dangereuse. Ce n'est pas le métier des opérateurs de
se substituer à la police et à la justice. Ce n'est pas non plus
l'intérêt des citoyens. Les contraintes imposées aux opérateurs
techniques doivent rester simples, peu coûteuses, et bien connues des
utilisateurs. Vous avez connu soixante ans d'informatique et de réseaux. Comment imaginez-vous les soixante prochaines années ?
LP: Donc jusque vers 2070 ! Dans le domaine des
réseaux, je crois que l'on réalisera à peu près tout ce qu'il sera
techniquement possible de faire, à tort ou à raison, en produisant
quelques calamités. Un balancier passera des tendances
sécuritaires aux libertaires au cours de périodes de 15 à 20 ans.
Beaucoup de services se banaliseront et deviendront assez stables pour
que tout le monde s'y habitue sans se poser de questions. En même temps
il y aura constamment de nouvelles combinaisons d'idées à tester, et à
déployer si elles réussissent, aubon endroit et au bon moment. Louis POUZIN - Eurolinc
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